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"Comment prévenir et gérer les comportements antisociaux dans les jeux", réflexion autour de la toxicité en ligne

09 mars 2023 Focus sur 
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Avec sa thèse professionnelle "Comment prévenir et gérer les comportements antisociaux dans les jeux" Marie Gibert ( Mastère Spécialisé Designer d'expérience interactive et ludique  - Cnam-Enjmin / GOBELINS,  promo 2022) s’est intéressée aux comportements dit « toxiques » dans le jeu vidéo, à leur impact et aux solutions à mettre en place pour les réduire. Aujourd'hui Product Manager chez Revolt Games, elle continue d'explorer cette thématique de manière très concrète. 



Votre thèse professionnelle en quelques mots ?

J’ai travaillé sur les comportements antisociaux, ou comportements toxiques, des utilisateurs et utilisatrices de jeu vidéo en ligne. Ma thèse vient définir ce qu’est un comportement antisocial, mesurer ce phénomène mais surtout proposer des solutions aux développeurs et développeuses de jeux vidéo.

 

Dans un premier temps, j’ai voulu comprendre l’impact des comportements anti-sociaux sur les jeux, les joueurs et les joueuses. De plus en plus de personnes cherchent un sentiment de communauté dans leur pratique des jeux vidéo. Lorsque ce sentiment est satisfait, cette typologie de joueur et joueuse est prête à consacrer plus de temps et aussi dépenser plus d’argent dans un jeu. Or, la présence de comportements antisociaux nuit directement à ce sentiment. Parallèlement, l’exposition à des comportements toxiques en jeux à des conséquences directes sur la rétention, particulièrement pour les jeux mobiles.

 

Au-delà de l’aspect purement économique, les comportements toxiques soulèvent également des questions éthiques. En effet, les comportements toxiques impactent non seulement l’expérience en jeu mais aussi la vie quotidienne des utilisateurs et utilisatrices. L’ADL (Anti-Diffamation League) publie chaque année un rapport sur la haine et la toxicité dans les jeux. Ces rapports détaillent et mesurent les effets négatifs que ces comportements peuvent avoir sur les joueurs et les joueuses: l’isolement ou la dépression touchent 10% des personnes ayant subi du harcèlement dans un jeu vidéo.

 

Par la suite, j’ai tenté de comprendre pourquoi les utilisateurs et utilisatrices ont tendance à être plus toxiques en ligne que dans leur vie quotidienne. Cette partie soulève des questions quant à l’anonymat dans le jeu, mais aussi l’importance du contexte de jeu et de la perception de la norme dans un environnement en ligne.

 

De ces recherches, j'ai fait émerger des méthodes et des outils à mettre en place :

 

➜ Utiliser le design et le game design pour créer un environnement qui prévient les comportements toxiques

➜ Protéger les joueurs et les joueuses, grâce à des système de mutes et de signalements et en mettant un place une modération automatique et humaine efficace. 

➜ Mettre en place un système de sanctions qui ne prive pas de l’accès au jeu mais qui sensibilise et informe les joueurs et les joueuses, pour les encourager à adopter un meilleur comportement.

 

 

 

Comment agir contre les comportements antisociaux dans les jeux - Marie Gibert

©Marie Gibert 



Pourquoi avez-vous choisi ce sujet ?

J’ai suivi une formation sur la cyberpsychologie et le game design animée par Melissa Canseliet (UX Consultant, spécialisée dans la neuropsychologie) qui traitait de la toxicité en ligne et des comportements antisociaux.

 

Ce sujet m’a beaucoup parlé, d’autant plus qu’il résonnait avec mon alternance chez Revolt Games, un développeur de jeux mobiles multijoueur. Melissa Canseliet est par ailleurs la tutrice de ma thèse.

 

 

 

Comment imaginez-vous la suite ?

J’aimerais continuer à porter ce sujet ! Jusqu’ici, j’ai mené beaucoup de recherches théoriques en m’appuyant sur des exemples d’autres jeux. J’aimerais maintenant les mettre en pratique dans le cadre de mon travail chez Revolt Games, où nous sommes confrontés à ce type de problématiques.

 

J’aimerais à terme pouvoir partager mon expertise sur le sujet, par exemple en publiant ma thèse petit à petit en l’enrichissant d’expériences menées dans les jeux sur lesquels je travaille actuellement. 

 

 

 

 

Comment prévenir et gérer les comportements antisociaux dans les jeux - Marie Gibert

 ©Marie Gibert 



En quoi votre poste actuel de Product manager chez Revolt Games vous permet-il de continuer vos recherches ?

Dans le cadre de ma thèse, j’ai mené une expérience sur le chat textuel in-game. Certains mots interdits (injures, etc.) sont repérés et censurés automatiquement pour protéger les joueurs et les joueuses. J’ai comparé une censure basique à une censure accompagnée d’un feedback qui expliquent aux personnes concernées pourquoi leur message a été supprimé. J’ai observé à la suite de cette expérience que chez les personnes qui bénéficient d’un feedback, la récidive est 2% moins élevée.

 

Avec un petit changement, les comportements des joueurs et des joueuses ont été légèrement modifiés. L’idée, c’est de construire tout un système qui progressivement, viendrait réduire l'occurrence des comportements anti-sociaux. Un tel projet est très chronophage et nous sommes une petite équipe, il se construira dans la durée.

 

Dans le cas de jeux de stratégies, compétitifs, la compétition peut pousser les utilisateurs et utilisatrices à adopter des comportements toxiques envers les autres. Dans ma prise de décision au quotidien, je garde en tête ce que j’ai appris avec ma thèse, à savoir comment le game design peut pousser les joueurs et les joueuses à adopter des comportements plus positifs. Par exemple, nous avons récemment procédé à la refonte du multijoueur. Cette refonte a été l’occasion de mettre en place des règles et d’encadrer le gameplay multijoueur pour encourager davantage à adopter un comportement positif.

 

 

 

Interview par Sophie Jean




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