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Crédit: Lili Boisrond "Oran"
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« Oran » récit d’un voyage fantasmé

14 décembre 2023 Focus sur 
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Avec « Oran », son projet de fin d’études, Lili Boisrond (Graphiste Motion Designer, promo 2023) illustre de manière poétique et délicate la chanson de Marie Montezan sur l’exil de sa famille dans les années 1960.

 

 

 

Votre projet en quelques mots 

Nous devions réaliser le visualiser d’une chanson. Les visualisers ont récemment  fait un come-back sur les plateformes de streaming musical. Ce support média, un peu nostalgique, rappelle les animations quasi psychédéliques des années 90/2000 qui tournaient en boucle sur les ordinateurs quand on écoutait de la musique. Aujourd’hui, ce sont en général des boucles animées très courtes (de 8 à 40 secondes selon les plateformes). 

 

Pour ce projet nous avions deux semaines pour réaliser une boucle de 20 à 40 secondes. Le défi étant que le visualiser n’est pas un clip, il doit retranscrire l’essence du morceau tout en correspondant à la musique quelque soit le moment de la chanson.

 

  

 



Pourquoi avez-vous choisi cette chanson ? 

Nous avions le choix entre cinq morceaux de styles très différents (jazz, classique, reggae, french touch…). Je me suis sentie connectée à « Oran », la chanson de Marie Montezan et Damien Delisle, dès les premières notes. Étant moi-même chanteuse, je suis friande de belles instrumentations et j’ai trouvé ce jazz aux accents orientaux absolument magnifique, aussi délicat que poignant. 

 

Ce morceau raconte l’histoire d’une famille de pieds noirs forcée de quitter l’Algérie en catastrophe dans les années 60. C’est un appel au souvenir, il est ancré dans l’histoire collective

 

La mère et la grand-mère de Marie ont vécu à Oran. Elle a grandi avec cet héritage culturel et familial omniprésent sans y être jamais allée elle-même. La chanson raconte ce paradoxe, un voyage fantasmé, à la découverte de cette ville vue en rêve. 



 

1er tableau de "Oran" - ©Lili Boisrond 

1er tableau de "Oran" - ©Lili Boisrond 



Quel a été votre cheminement créatif ?

Je ne crée jamais à partir de rien, j’aime me baser sur le réel tout en y apportant de l’imaginaire, et “Oran” est exactement à la croisée de ces chemins. Pour raconter l’histoire de Marie, j’ai imaginé un collage entre le carnet de voyage et l’album de famille

 

J’ai fait beaucoup de recherches sur de vieux timbres algériens, dont les illustrations sont magnifiques. Le timbre c’est le symbole suprême du voyage mais aussi de la nostalgie, d’une époque révolue. Je trouve qu’il matérialisait bien cette douleur émotionnelle. 

 

J’ai également demandé à Marie si elle pouvait rassembler des souvenirs évoquant Oran et cette époque. Elle m’a donné des photos de textiles, d’objets divers et de madeleines de Proust, des vieilles photos de famille, et surtout des photos d’identités de sa mère et de sa grand-mère. J’ai adoré travailler à partir de ces photos d’identités. Je trouve qu’elles évoquent bien l’histoire d’une famille mais aussi le côté administratif de ce déracinement, la perte d’identité. 

 

Marie m’a aussi donné des scans du carnet sur lequel elle a écrit les paroles de la chanson. Les écritures animées que l’on retrouve dans le visualiseur viennent directement de ce carnet. 

 

Pour rester dans cet esprit scrapbook, j’ai ajouté divers éléments émanant du passé : des fleurs séchées pour rappeler l’amour de la grand-mère de Marie pour les jardins, des vieux tickets de tramway, des vieilles photographies de la ville, des cartes d’Oran. 



 

Vieux timbres algériens 

Vieux timbres algériens 



Quelles techniques avez-vous utilisées ? 

Pour ce  collage “digital”, j’ai fait en sorte d’avoir un côté stop motion un peu saccadé, calé sur le rythme des percussions et du piano pour que  l’animation soit en cadence avec la musique tout au long du morceau. 

 

L’animation est structurée en 5 tableaux : la voiture du début pour commencer le voyage, le collage des photos d’identité, les orangers, le phare d’Oran, et les vieilles photos qui défilent à travers les volets. Pour les lier entre eux j’ai créé des moments plus doux et fluides, avec des substitutions de formes plus minimalistes. 

 

Les souvenirs évoqués n’étant pas ceux de Marie, mais ceux de sa mère et de sa grand-mère, j’ai essayé de matérialiser la sensation d’une bribe de souvenirs qu’on a du mal à saisir. J’ai créé des mouvements assez hachés, avec des éléments qui viennent se rassembler pour créer une image qui s’évapore, se déchire puis s’assemble à nouveau. 

 

J’ai inséré des dessins plus texturés , pour ponctuer le collage After Effects. Je les ai animés sur Photoshop en frame by frame et j’ai utilisé du gros pastel pour rappeler l’enfance, les senteurs, les couleurs. Je voulais que ça vibre.



 

Les photos d'identités utilisées par Lili dans le visualizer 

Les photos d'identités utilisées par Lili dans le visualizer 



Quelles ont été vos références, vos inspirations pour la réalisation du motion ?

Je n’ai pas été influencée par un ou une artiste en particulier, en revanche, j’ai écumé Pinterest pour trouver des éléments de collage de style plus personnel. 

 

J’aimais beaucoup l’idée d’un scrapbook un peu grunge, un peu douloureux, avec de l’écrit, des papiers déchirés. Je ne voulais pas forcément faire un joli collage, j’aimais l’idée que se soit un peu étrange, un peu texturé.



 

2ème  tableau de "Oran" - ©Lili Boisrond 

2ème  tableau de "Oran" - ©Lili Boisrond 



Vous êtes aujourd’hui graphiste et motion designer en freelance, sur quels projets travaillez-vous ? 

Je viens de finir un projet très intéressant, toujours dans la musique. J’ai été invitée par le studio Mathematic à créer des visuels pour deux morceaux de la tournée d’Etienne Daho dans les Zéniths de France. Elles seront diffusées sur des écrans géants derrière lui durant le concert.  C'était un format de travail hyper intimidant (de la 6K!!) mais aussi très gratifiant. 

 

J’adore travailler en symbiose avec la musique, surtout quand il s’agit de morceaux si familiers (Weekend à Rome…) . Encore une fois, il ne s’agissait pas de réaliser un clip, la vidéo n’est pas la star du show elle est là pour accompagner la musique, devant un public. 

 

Je travaille actuellement sur le générique d’une série Apple TV qui sortira en 2024, en tant que cheffe de projet, post production et direction artistique. Je suis ravie de tester mes capacités de DA sur un projet de cette envergure. Cette année à GOBELINS m’a vraiment encouragée à développer cette piste de carrière. C’est une opportunité rêvée au sein d’une équipe de choc! 

 

 

 

Où on peut voir votre travail ?

Sur mon site liliboirond.com et sur mon compte Instagram liliboisrond.

 

 

 

Interview par Sophie Jean




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