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© Joffrey Piguet © Joffrey Piguet
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"Ceux qui partent" quand l'histoire familiale rejoint l'histoire collective

12 octobre 2022 Projets de fin d'études
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Avec "Ceux qui partent” son projet de fin d'études, Joffrey Piguet (Bachelor Photographe et Vidéaste, promo 2022) fait se rencontrer la grande et la petite histoire en partant sur les traces de ses ancêtres et de leur migration depuis l'Italie du Nord jusqu'à Belfort. 

 

 

 

Votre projet en quelques mots ? 

 

Mon mémoire, et l’exposition qui en a découlé, portent sur le thème de la transmission de la mémoire familiale via la photographie. A travers ce sujet, j’ai pu retracer l’histoire de ma famille et en découvrir certains pans que je ne connaissais pas du tout.

 

Le point de départ de ce projet remonte à 2011. Suite à un décès, ma grand-mère m’a emmené en Italie. Après ce voyage, elle m’a transmis des tonnes de vieilles photos qui illustrent l’immigration Italienne du nord de l’Italie vers le sud du territoire de Belfort d’où ma famille est originaire.

 

J’avais donc un fond photographique conséquent et je me suis dit qu’il fallait vraiment que j’en fasse quelque chose. Au-delà d’une histoire familiale, elles ont aussi une portée universelle, elles racontent le mouvement des populations à travers le temps et leur transmission (orale, écrite, par des photos…). 

 

Elles m’ont aussi permis d’évoquer d’autres problématiques, notamment notre rapport à l’image physique qui une de mes thématiques de recherche. Si ma grand-mère m’avait communiqué un cloud je ne sais pas si j’aurais pu avoir la même démarche.  

 

 

 

©Joffrey Piguet 

 

 

 

S’il fallait ne retenir qu’une image ?

 

J’ai ajouté mes propres photos à celles de ma grand-mère. J’ai photographié les paysages qui jalonnent le chemin emprunté par les migrants depuis 1870, de la région du lac Magant dans le nord de l’Italie, en passant par les Alpes Suisses, jusqu’au bassin ouvrier du territoire de Belfort.

 

La plus marquante pour moi, c’est celle de la montagne qui marque la frontière entre l’Italie et la Suisse. Elle symbolise beaucoup de choses, c’est une matérialisation de « l’ailleurs », de ce qui pousse à partir. C’est tout ce cheminement qui m’intéresse et que j’essaie d’exprimer à travers mes photos.

 

Je cherchais aussi à entrer en résonnance avec tous les mouvements migratoires. D’une certaine façon, les migrants d’aujourd’hui empruntent les chemins des migrants d’hier et tout n’est qu’une grande continuité.

 

 

 

©Joffrey Piguet

 

 

 

Quelle technique photographique avez-vous utilisée ? 

 

Je voulais travailler en argentique, mais c’était trop compliqué à mettre en œuvre notamment à cause des délais de développement. J’avais besoin à la fois de la spontanéité du numérique et de la matérialité de l’analogique.

 

J’ai pu trouver cette combinaison grâce à un boitier moyen format sorti récemment chez Fuji films. Le moyen format permet de récupérer énormément d’informations dans une image et d’avoir une profondeur à la restitution qui s’approche beaucoup du rendu argentique.

 

Quand j’ai contacté Fuji Films, ils ont été emballés par mon projet et ils m’ont spontanément proposé de me prêter un boîtier et des objectifs, en l’occurrence un gfx 50s2, le tout dernier.

 

 

 

©Joffrey Piguet

 

 

 

Quelles ont été vos références, vos inspirations pour ce projet ? 

 

Je n’aime pas trop m’inspirer d’autres photographes, je trouve que ça conditionne trop la pensée. Je suis plus influencé par la littérature.

 

J’ai été très marqué par Voyage en Espagne de Théophile Gauthier, qui est le récit d’un parcours initiatique entre la France et l’Espagne. L’histoire n’a pas grand-chose à voir avec mon sujet mais la démarche, l’idée de prendre la route, m’a lancé sur mon projet.

 

J’aime aussi beaucoup les travaux de Frédéric Spagnoli (Maître de conférence à l’Université de Besançon) sur l’histoire du territoire de Belfort et notamment les liens avec l’immigration italienne. J’ai essayé de synthétiser ses idées dans mon projet, particulièrement ce qu’il dit sur le rapport aux lieux, comment ils évoluent dans le temps, en cherchant toujours des éléments très visuels, graphiques dans l’image.

 

 

 

©Joffrey Piguet

 

 

 

Quels ont vos projets pour la suite ? 

 

C’est un projet au long court, l’exposition ne représente qu’un instant donné. J’ai découvert qu’une autre partie de ma famille était partie émigrer au Brésil dans les années 1940, je projette donc de continuer la série en allant là-bas.

 

Mon but actuellement c’est de faire vivre l’exposition au maximum, j’ai contacté plusieurs d’organismes et j’ai déjà quelques pistes à Belfort. L’Est Républicain a publié récemment un article sur mon travail ce qui a contribué à le faire connaître dans la région. La Bourgogne-Franche Comté est très marquée par les mouvements migratoires donc l’exposition à une résonnance d’autant plus forte.  J’aimerais aussi beaucoup pouvoir travailler avec le Musée de l’Homme et de l’immigration de Paris.

 

J’ai consacré énormément de temps à ce projet et je vais continuer mais j’aimerais aussi explorer d’autres thématiques qui me tiennent à cœur. Je travaille actuellement sur une série autour de la virilité et ce qu’elle représente en 2022. Je suis parti du Mythe de la virilité d’Olivia Gazalé, qui déconstruit cette notion. La communauté LGBT offre un rapport différent à la masculinité, plus diverse, plus complexe qui ‘m’intéresse beaucoup. Je me suis basé sur ce prisme pour aborder cette question.

 

 

 

 

 

 

Interview par Sophie Jean




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