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Crédits: Agathe Sorlet / Inès Berrocoso Crédits: Agathe Sorlet / Inès Berrocoso
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Agathe Sorlet, Illustratrice

02 mars 2022 Portraits
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Vous avez été diplômée de la formation Graphiste Motion Designer en 2015. Pouvez-vous nous rappeler votre parcours depuis votre sortie de l’école ?

 

Juste après l’obtention de mon diplôme en 2015 je suis partie à Londres pour apprendre l’anglais. J’y suis restée un an en tant que jeune fille au pair. Je travaillais à temps partiel et j’ai profité de ce temps libre pour améliorer mon style d’illustration et dessiner toujours plus.

C’est à cette époque que j’ai ouvert mes réseaux sociaux, pour montrer mon travail et me faire connaître. Je suis rentrée à Paris en 2016, mes publications sur les réseaux m’ont apporté mes premiers clients. J’ai commencé par plusieurs petits projets qui ne m’ont pas rapporté beaucoup mais qui m’ont permis d’évoluer et ensuite j’ai travaillé chez Konbini en freelance pour Netflix.

C’est avec ces premiers contrats que je me suis aperçue que j’avais un profil d’artiste plus que de technicienne et que ma place était davantage dans l'illustration plutôt que dans le motion design. Ma première grosse collaboration c’était pour Princesse Tam Tam, c’est celle qui m'a vraiment lancée en tant qu'illustratrice. J’ai fait deux collections de lingerie pour eux. Tous les magasins avaient mon nom sur leurs vitrines, c’est ce qui m’a permis de me faire connaître davantage et à partir de là j’ai reçu des propositions en continu.  

J’ai ensuite créé mon shop en ligne en 2017 pour répondre aux demandes de particuliers qui voulaient acheter mes œuvres. J’ai commencé seule, mais maintenant je fais appel à un logisticien pour la gestion des envois. J’ai également un associé salarié qui s’occupe des négociations et des contrats et deux assistants qui se chargent de toute la comptabilité, ce qui me permet de me concentrer sur l’artistique. En revanche, c’est moi qui m’occupe du site et des contenus, je suis très libre, je peux décider d’ajouter ou de supprimer un produit comme je veux.  

 


Qu’est-ce qui vous inspire au quotidien dans votre travail ? Êtes-vous inspirée par l’actualité ?

 

C’est dur de saisir l’inspiration, ce n’est pas conscient, c’est un mélange de beaucoup de choses. Par exemple, dans une journée, je vais aller au cinéma, boire un verre avec une amie, me balader et c’est ce mélange d'événements qui va m’inspirer.

 

Les émotions m’inspirent aussi beaucoup, c’est ça qui me donne envie de dessiner. Ma vie amoureuse, longtemps chaotique,  m’a beaucoup nourrie pour mes dessins, même si j’ai retranscris les choses de manière très positive.

 

 


Vous avez une identité graphique très marquée, très singulière, comment définiriez-vous votre style ? 

 

C’est difficile, c’est quelque chose qu’on ne maîtrise pas mais qui se travaille. Ce qui m’a beaucoup motivée c’est de regarder ce que font les autres artistes, ça permet de voir ce qui fonctionne. Il faut que le style soit sincère, qu’il nous corresponde vraiment, il ne faut pas faire quelque chose uniquement pour plaire. 

 

 

WWF, Agathe Sorlet 

 

 

Quelles sont vos plus belles collaborations en design ?

 

Récemment j’ai beaucoup aimé travailler sur des collaborations qui ont du sens pour moi. J’ai travaillé avec WWF autour de la protection des pandas géants de Chine. J’ai adoré dessiner le panda. Les collabs me permettent aussi de travailler sur des sujets que je n’aurais pas aborder naturellement, les pandas ce n’est pas mon quotidien donc je n’aurais jamais pensé à en dessiner.

 

J’aime aussi énormément les sujets qui touchent à la femme, je trouve ça très important. J’ai dessiné des culottes menstruelles par exemple et j’étais très contente de pouvoir populariser cet objet. J’ai aussi fait une collaboration sur la précarité menstruelle et une collaboration pour une marque de sex toys. Ce sont des projets que j’adore parce qu’il y a un message derrière. Je suis contente de pouvoir contribuer un petit peu au changement à mon échelle, même si c’est une goutte d’eau dans l’océan.

 

J’ai la chance de pouvoir choisir mes projets, notamment grâce à l’indépendance financière que m’apporte mon shop, et de ne pas être tributaire de projets qui ne me correspondent pas.

J’ai aussi eu le plaisir de pouvoir travailler en collaboration avec Tomo, ma pâtisserie parisienne préférée et donc en plus de pouvoir dessiner pour un salon de thé que j’adore j’ai pu manger plein de gâteaux. 

 

 


Travaillez-vous beaucoup en collaboration avec votre sœur?

 

Il y a beaucoup d'illustrateurs donc avoir une sœur jumelle dans le milieu ça nous a permis de nous démarquer. Nous avons collaboré ensemble mais toujours un peu en parallèle, nous n’avons jamais fait de collaboration à quatre mains. Par exemple, nous avons sorti chacune un livre différent chez Robert Laffont en 2020 avec, en clin d'œil, un dessin qui se complète quand on rapproche les couvertures des deux livres. Nous avons aussi fait une collaboration ensemble pour une box beauté en illustrant chacune une box différente. 

 

 


Vous avez commencé à percer dans l’édition, en plus de votre activité d’illustratrice et de votre boutique, quels sont vos futurs projets ? 

 

Il y a pleins de choses que j’aimerais faire, j’aime bien entreprendre. J'aimerais créer une autre marque, qui ne s'appellerait pas Agathe Sorlet et qui ne reposerait plus sur mon nom et mon image. Le projet n’est pas encore défini mais j'aimerais faire des collaborations avec d’autres artistes et déléguer beaucoup plus qu’actuellement pour me dégager du temps pour ma vie personnelle. C’est un peu flou, j'ai encore énormément d’idées. 

 

 

Topless, Agathe Sorlet

 

 

Quels conseils donneriez-vous à un ou une jeune diplômé(e) pour se créer des opportunités en tant que graphiste freelance ? 

 

Quand on fait ce métier il faut être organisé. Au début, je restais très focalisée sur mes dessins, mais il ne faut pas négliger les aspects pratiques et administratifs de son travail.  

 

C’est un peu comme si on était sur un bateau, plus on dessine et plus on a l’impression d’aller vite mais si on ne prend pas le temps de prendre soin du bateau en faisant certaines tâches ingrates (comme l’administratif) on prend le risque que le bateau coule. Il faut faire attention à sa comptabilité et bien respecter les timing sinon on risque de perdre des clients ou d’avoir des problèmes.

 

Il faut vraiment bien s'organiser quand on est indépendant sinon on est stressé et moins productif, ça dessert notre créativité.


Pour se faire connaître, Instagram est un outil génial, c’est une vitrine internationale, mais c’est aussi un travail à part entière. Il faut produire du contenu et veiller à rester sincère pour que ça fonctionne.  Aujourd'hui c’est un vrai business et le risque c’est d’oublier qu’il faut d’abords se créer une communauté et partager son travail avec honnêteté et plaisir avant de vendre quelque chose. 

 

 


Vous dites que vous avez toujours un crayon sur vous et vous faites souvent des stories de vos dessins faits sur le vif dans le métro par exemple, conseillerez-vous à un jeune diplômé de dessiner beaucoup ? 

 

Il faut garder la pratique mais il ne faut pas s'écœurer. Avant, je dessinais sans arrêt parce que j’avais beaucoup de temps. Aujourd'hui j'essaie de me fixer l'objectif d’un dessin abouti par semaine. J’ai aussi mes projets personnels, mes journaux intimes dessinés, il ne faut pas non plus oublier son jardin secret, tout ne se partage pas, tout n’est pas business et réseaux sociaux. Il faut nourrir plein de choses différentes pour se sentir épanoui et ne pas oublier pourquoi on dessine. 

 

 


Quels sont vos artistes préférés, vos références ? 

 

La référence que je donne tout le temps c’est Riad Sattouf, il m’a donné énormément de motivation. On a eu la chance de le rencontrer avec Lorraine et aujourd’hui c’est un ami. Il a parlé de notre travail à la radio et dans la presse, c’est très valorisant de se dire qu’un artiste comme lui aime ce qu’on fait, c’est génial. L’illustration peut être parfois un milieu hostile donc un appui comme Riad Sattouf c'est un plus incroyable. On s’entraide mutuellement, par exemple on lui a donné des conseils pour se lancer sur Instagram.  

 

 

 

 

 

Interview par Sophie Jean




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