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Crédit: Maurine Tric
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Maurine Tric, photographe de l’intime

06 mars 2024 Portraits
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Diplômée de la formation Photographe Post-production en 2008 Maurine Tric est photographe indépendante pour la presse culturelle et les institutions d’art et d’artisanat. A travers son travail d'auteur, elle utilise la photographie comme une catharsis pour aborder des thématiques très intimes (peur du vide, mémoire familiale, maternité…).  Sa série « Le vide n’existe pas », documentant son parcours de PMA (procréation médicalement assistée), est arrivée finaliste de l’édition 2023 du Festival ON/OFF en Arles.

 

 

 

Pouvez-vous nous résumer votre parcours depuis l’obtention de votre diplôme de Photographe Post-production en 2008 ?

J’ai travaillé dès ma sortie de l’école en tant que salariée dans la retouche d’image pour la mode, puis dans la photo de produit pour Nature & Découvertes.

 

J’ai ensuite assisté un photographe spécialisé dans le domaine de l’architecture et de la décoration d’intérieur pour des magazines connus du secteur. Je me suis mise à mon compte quelques temps après car cette expérience m’avait beaucoup plu. J’ai travaillé pour des clients de multiples secteurs (immobilier, hôtellerie, décoration, événementiel dans la banque, horlogerie de luxe…).

 

J’ai ensuite étendu ma pratique à la culture, l’art et l’artisanat pour des clients comme Beaux-Arts magazine, le Musée de la Marine, la Cité Internationale des Arts, la Fondation Fiminco, la Fondation Culture & Diversité, l’Institut des Cultures d’Islam, etc…

 

Il m’arrive aussi souvent de travailler directement avec les artistes pour faire leur portrait ou des repro d’œuvres.

 

 Je poursuis également ma pratique de photo d’auteur en parallèle. 

 

 

 

Portrait de Dana Fiona Armour, plasticienne - ©Maurine Tric 

Portrait de Dana Fiona Armour, plasticienne - ©Maurine Tric 



Pourquoi avez-vous choisi la photographie ?

J’ai eu une première approche de la photographie argentique pendant mes études d’arts appliqués au lycée, mais j’ai réellement eu le déclic un peu plus tard vers l’âge de 20 ans.

 

J’ai échoué aux concours d’entrée d’écoles d’art supérieures deux années de suite et c’est dans ce flottement que la photographie s’est imposée à moi. Elle m’a soutenue et accompagnée.

 

J’ai découvert la possibilité de m’exprimer artistiquement sans rester enfermée derrière un bureau, d’utiliser mon environnement comme support de projection de mes émotions.

 

J’aime beaucoup la liberté et le recul que permet ce medium.

 

 

 

Atelier de Tiphaine Calmettes -©Maurine Tric 

Atelier de Tiphaine Calmettes -©Maurine Tric 



Vous travaillez pour la presse culturelle et les institutions d’art et d’artisanat, comment choisissez-vous vos projets ?

Les projets débutent presque toujours grâce aux contacts du cercle proche. Le réseau est donc plus ou moins facile à construire selon les profils et les tempéraments, mais c’est le cas de beaucoup de métiers.

 

J’ai utilisé au départ le site de petites annonces que GOBELINS avait mis en place à l’époque, ce qui m’a permis de travailler un peu. Puis j’ai eu la chance de rencontrer l’iconographe de Beaux-Arts Magazine grâce à un ami commun. Elle m’a donné ma chance et c’est ensuite grâce aux rencontres et au bouche à oreille au gré des commandes et reportages que j’ai étendu ma clientèle et que je me suis construit une légitimité dans ce secteur.

 

 

 

Musée Jacquemart-André, exposition Turner-  ©Maurine Tric 

Musée Jacquemart-André, exposition Turner-  ©Maurine Tric 



Vous parlez beaucoup de l’intime dans vos séries personnelles (maternité, mémoire familiale, désir d’enfant…) comment transposez-vous ces thématiques en photo ? Quel est votre cheminement créatif ?

Je me laisse beaucoup guider par mon inconscient, mes rêves, et je comprends ensuite le message et la route à prendre en regardant les images.

 

Je ne cherche pas à me définir par un style en particulier, mais plutôt par la manière la plus sincère d‘exprimer mes émotions.

 

Mon univers est poétique, avec une écriture visuelle multiple, symbolique et épurée. Si je devais expliquer ma pratique, j’utiliserais le terme d'"écriture photographique automatique". 

 

 

 

"Le vide n'existe pas" - ©Maurine Tric 

"Le vide n'existe pas" - ©Maurine Tric 



Quelles sont vos influences ?

Pour le « Le vide n’existe pas », mon projet sur la PMA j’ai été encouragée par le travail d’Elina Brotherus. Elle a trouvé une force incroyable pour réaliser son livre « Carpe Fucking Diem » qui est magnifique à tous les niveaux. Son travail retranscrit avec une grande intelligence et sensibilité ce que l’on vit dans ce parcours.

 

J’aime beaucoup aussi les photos de reportage avec une grande poésie, comme le travail de Pentti Sammallahti, Masao Yamamoto, Klavdij Sluban, Sébastien Van Malleghem.

 

La musique joue également un rôle dans mon inspiration, notamment les morceaux de Sigur Rós ou Explosions in the Sky.

 

 

 

Comment définiriez-vous votre univers ?

La photographie s’est vraiment imposée à moi comme un medium introspectif, une catharsis. Je me laisse beaucoup guider par mon inconscient. J’aime utiliser plusieurs techniques, mélanger les outils, un peu comme de l’art thérapie.

 

 

 

"Le vide n'existe pas" - ©Maurine Tric 

"Le vide n'existe pas" - ©Maurine Tric 



Sur quel projet travaillez-vous actuellement ?

Depuis que je suis mère, je m’intéresse beaucoup à la thématique de la maternité. Avec la PMA j’ai été confrontée à beaucoup d’injustices. Je suis entrée en féminisme depuis ma grossesse.

 

Je souhaite documenter et questionner par la photo la place de la maternité dans notre vie.  Elle est encore pensée comme une étape constitutive de la féminité, soumise aux injonctions patriarcales encore très ancrées.

 

Je voulais montrer comment la carrière professionnelle est ralentie, voire mise de côté.

 

Les chiffres sont très parlants. Une grande majorité de femmes suivent des études dans le monde de l’art mais le pourcentage de femmes dans ce secteur baisse énormément après 30 ans. Par ailleurs, le salaire des hommes augmente après l’arrivée d’un enfant alors que celui des femmes baisse. Tout cela est politique.

 

Je devrais participer au Festival Mesnographies l’an prochain. Je suis actuellement à la cherche d’une maison d’édition pour publier ma série « Le vide n’existe pas ».

 

 

 

"Le vide n'existe pas" - ©Maurine Tric 

"Le vide n'existe pas" - ©Maurine Tric 



Vous avez été sélectionnée au Festival ON/OFF d’Arles pour votre série « Le vide n’existe pas », qui documente votre parcours de PMA. Pouvez-vous en dire plus sur ce projet ?

À l’origine de cette série, il y a mon parcours de PMA. De longues heures d’attente dans les couloirs d’hôpitaux, le ticket comme un sésame vers un avenir incertain, les injections… Puis, trop souvent l’échec et les espoirs qui s’envolent. Se pose alors la question fondamentale de l’intimité perdue dans ce qui devient un acte médical là où il ne devrait se trouver qu’un acte d’amour.

 

En cherchant au-delà des aspects physiologiques, j’ai tenté de comprendre pourquoi je me sentais hantée par un vide permanent, une sensation de manque, que l’impossibilité de la grossesse n'a fait qu’accentuer, aggraver.

 

La psychologie clinique parle de syndrome d’abandon, qui se manifeste par une peur panique de la solitude, une mauvaise estime de soi, une dépendance affective incessante. 

 

Avec l’intuition que cette blessure ne m’appartenait pas tout à fait, j’ai enquêté au cœur de ma famille, soulevé peu à peu les multiples couches d’une histoire cachée. Lettres, dessins d’enfant, journal intime de mon grand-père, photos vernaculaires…

 

J’ai creusé, fouillé un passé complexe pour révéler les silences familiaux, les non-dits, où les absences maternelles et les difficultés à enfanter récidivent de génération en génération.

 

Pour moi le médium n’est pas une fin en soi, j’utilise ce qui sert à mon avis le mieux mon propos. Cette diversité est également l’illustration de toutes les variations qui constituent une personne, et les différentes tentatives pour remplir, combler la peur du vide.

 

 

 

"Le vide n'existe pas" - ©Maurine Tric 

"Le vide n'existe pas" - ©Maurine Tric 



Pouvez-vous nous donner un bon souvenir de vos années à GOBELINS ?

Les cours de labo argentique noir et blanc, ça me manque !

 

 

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un ou une jeune diplômé.e ?

Il y a encore beaucoup à apprendre, il faut savoir rester humble, malgré la notoriété de l’école qui ouvre beaucoup de portes.

 

Faites-bien valoir vos droits (d’auteur par exemple). Beaucoup de photographes se font exploiter en sortie d’école. Ce phénomène es’est aggravé avec l’IA et l’abondance d’images mise à disposition sur internet. C’est à travers notre intransigeance que notre métier pourra continuer d’exister.




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