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Conversation avec Kristof Serrand, Character Animation Manager chez Netflix

24 mars 2022 Portraits
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Vous vous destiniez au départ à la bande dessinée puis vous avez bifurqué vers l’animation, pourquoi ce choix ?

 

En réalité, je suis tombé dans l’animation par hasard. Au départ je voulais faire de la bande dessinée et je suis arrivé à Gobelins un peu par accident. A l’époque la BD n'avait pas encore acquis ses lettres de noblesse,  il n’y avait pas d’écoles spécialisées.

 

J’ai donc commencé mes études avec une préparation à l’académie Charpentier puis j’ai passé  les concours des écoles d’art mais je les ai tous ratés. J’ai retenté une deuxième fois parce que tous mes copains étaient aux Arts Déco et je voulais y entrer et j’ai présenté Gobelins en même temps. J’ai raté à nouveau le concours des Arts Déco mais j’ai été pris à Gobelins.

 

A l’époque ce n’était pas du tout comme maintenant , l’école n’était pas connue, il y avait une toute petite section, on était 20 étudiants en tout (10 par année). Je suis devenu accro à l’animation quand j’ai vu mon premier line test à l’écran. La magie de l’animation c’est ça, c’est de voir ses dessins (ou ses marionnettes) qui prennent vie

 

 


Quel a été votre parcours depuis la sortie de l’école jusqu’à aujourd’hui et votre poste de Character Animation Manager chez Netflix ? 

 

J’ai fait mon service militaire et j’ai eu la chance de pouvoir y pratiquer l’animation parce qu’il y avait un studio à l’ECPAD (le service cinéma de l’armée). Je suis entré au studio Gaumont place de la République juste après. Ma sortie de l’école a coïncidé avec un pic d’activité grâce au plan image de Jack Lang et à 2 ou 3 long métrages qui sont sortis en même temps.

 

Je suis resté à la Gaumont pendant 5 ans, puis le studio a fermé et j’ai travaillé sur des pubs en freelance puis avec Paul Grimault et Jacques Demy. Au bout de quelques années je suis parti en Angleterre parce que Steven Spielberg avait ouvert un studio, Amblimation qui a fermé ses portes lui aussi au bout de 5 ans. C’est là que je suis parti à Los Angeles chez DreamWorks où je suis resté pendant 25 ans avant de revenir en France pour Netflix.

 

 


Vous étiez le premier Directeur de l’animation chez DreamWorks n’est-ce pas ? 

 

Au début j’étais Superviseur d’animation et puis le studio a eu besoin d’un nouveau poste et ils ont appelé ça Head of Character Animation. Chez Disney ou Pixar, il n’y avait jamais eu de directeur de l’animation avant ça, le poste s’est officialisé avec le passage à la 3D.

 

J’ai été animateur, superviseur d’animation et directeur de l’animation en fonction des différentes production mais oui on peut dire que j’ai été à l’origine de la position de directeur de l’animation chez DreamWorks.

 

 

 

 

Vous êtes ensuite parti chez Netflix, pourquoi ce choix ?

 

Après le départ en 2016 de Jeffrey Katzenberg, l’un des pères fondateurs de DreamWorks,  le studio est devenu un peu différent. C’était toujours bien mais ce n’était plus pareil au niveau des projets et j’avais envie de revenir en France.

 

Beaucoup de productrices sont parties suite à la vente du studio. Il y a beaucoup de femmes productrices dans l’animation aussi bien en France qu’aux Etats-Unis, ça date de l’époque de Jacqueline Joubert où on donnait les programmes pour enfants aux femmes parce que “les dessins animés c’est pour les enfants” et que se sont elles qui s’en occupent. Les productrices de Kung Fu Panda, Dragon, Madagascar sont parties et elles ont pris la direction de grands studios comme Paramount, MGM ou Netflix, comme Melissa Cobb qui dirige maintenant Netflix Animation.

 

Beaucoup d’artistes sont aussi partis pour Netflix, il y a eu une vraie migration. J’avais beaucoup de copains là-bas qui savaient que je voulais rentrer en France et on m’a appelé pour me proposer de m’occuper des productions Netflix en Europe.


Mon travail c’est principalement d’accompagner les projets Netflix qui sont conçus à Los Angeles et qui sont ensuite fabriqués par des partenaires dans le monde entier. Netflix ne produit pas encore directement mais ils sont en train de monter un studio à Los Angeles.  

 

Je m’occupe de l’Europe mais aussi de l’Afrique et du Moyen Orient mais la plupart des productions sont réalisées en France ou en Europe. Les studios partenaires interviennent à différents stades de la production en fonction des projets : ils peuvent être self managed, partner managed ou licenced. J’interviens une fois que la phase de création est terminée, pour effectuer la liaison. Je peux participer au choix du studio, donner des conseils, faire des lectures, des master class…

 

 


Vous animez toujours ?  

 

Oui je me suis remis à l’animation, mon truc ça a toujours été l’artistique. Je n’ai jamais aimé que les studios essaient de transformer les artistes en managers. Mon travail c’est du management artistique en réalité, je donne beaucoup de conseils.

 

J’ai toujours essayé de continuer à faire de l’animation, parce que j’aime ça. J’essayais de prendre le temps, le week-end et le soir, on ne compte pas ses heures dans l’animation c’est notre talon d'Achille, les studios en profitent parfois. Il y a une déconnexion aussi si on s'arrête de pratiquer, on perd en crédibilité auprès des animateurs, j’ai recommencé à animer en 2D sur la série Astérix de Chabat, j’ai ressorti mes albums et je m’y suis remis. 

 

 

 

 

Vous retrouvez Astérix, la boucle est bouclée.

 

J’ai commencé à lire Astérix quand j’étais petit puis j’ai travaillé sur trois films chez Gaumont, j'ai aussi travaillé avec Uderzo et chez DreamWorks on avait engagé Didier Conrad le nouveau dessinateur d'Astérix. Je suis très heureux d’être à nouveau avec Astérix à Netlix.  

 

 


Vous êtes resté très attaché à l’école, vous avez donné des cours pendant des années, qu’est que ça vous évoque la communauté Gobelins ?

 

Pour moi l’école des Gobelins ça représente énormément c’est là que j’ai tout appris, maintenant c’est devenu la meilleure école du monde, ça change la donne.  Quand j’ai intégré l’école, elle était embryonnaire mais c’était la seule école qui proposait une formation en animation. J’ai commencé à donner des cours à Gobelins en 1986 et j’ai eu Patrick Delage, Pierre Coffin, Louis Clichy… comme étudiants.

 

Quand j’ai commencé à travailler, quand on me demandait si je connaissais des animateurs, mon réseau c‘était Gobelins donc je recommandais des anciens élèves. Je l’ai fait un petit peu à la Gaumont, davantage avec Paul Grimault et ça c’est accéléré quand je suis parti chez Amblimation à Londres. Quand Spielberg a monté son studio on était juste 3 superviseurs de l’animation. J’ai contacté les promos de 1989 à 1993 et une grande partie est passée par Amblimation à un moment donné. J’ai calculé et je crois que j’ai fait appel à presque une centaine d’anciens de la Gaumont à DreamWorks.

 

 


C’est important de cultiver ce réseau ?

 

Quand j’ai embauché des anciens ce n’est pas uniquement parce qu’ils étaient passés par Gobelins, c’était surtout parce que je savais qu’ils étaient bons, j’avais pu déjà les voir au travail.

 

Avec la mondialisation, le réseau est de plus en plus important.  Souvent les étudiants me demandent des conseils pour intégrer un grand studio américain. Je leur conseille toujours d’essayer de contacter un jeune en poste depuis 6 mois,  il en saura beaucoup plus que moi et il sera très heureux de leur donner tous les tuyaux (comment avoir son visa, comment se faire embaucher….).  

 

 

 

Interview par Sophie Jean




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