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Charlotte de La Gournerie Executive Producer et Guillaume Dousse Creative Director chez Sun Creature

04 avril 2022 Portraits
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Votre premier long métrage, Flee, a été nommé aux Oscars dans trois catégories, c’est une belle consécration! Quelle a été l’origine de ce projet ?

 

Charlotte :  C’était la première fois que Jonas, le réalisateur, s'essayait à l’animation, il a surtout travaillé dans le documentaire radio. La productrice de Final Cut For Real, qui est la société de production documentaire danoise avec laquelle nous avons travaillé, cherchait un studio avec qui collaborer et elle a frappé à notre porte.

 

J’ai toujours eu envie de faire du documentaire animé mais c’est très compliqué à financer, il y a très peu d'opportunités. Le projet a pu se monter grâce à la notoriété de Final Cut For Real qui a notamment produit  The Act Of Killing  et The Look of Silence, deux documentaires qui sont allés aux Oscars.  

 

Flee avait été sélectionné à Cannes en 2020, mais l’édition n’avait pas pu avoir lieu à cause du covid puis il est parti dans les festivals où il a remporté près de 70 prix jusqu’à la triple nomination aux Oscars.

 

 

Guillaume : Jonas et Final Cut n'ayant jamais fait d'animation, mon travail a été de proposer un style artistique et narratif qui corresponde aux intentions de réalisation. L'animation permet une grande liberté, ce qui nous a amené à ce mélange de médiums au sein du film, entre animation réaliste, abstraite, et documents d'archive. Il a notamment fallu communiquer les intentions artistiques aux producteurs et financiers du projet qui, pour certains, n'avait jamais eu l'occasion de financer de films d'animation.

 

Mon travail s'est conclu après la sécurisation financière du projet mi 2018 et le démarrage de la préproduction. Jess Nicholls a ensuite pris le relais en tant que Directrice Artistique du projet.

 

 

 

Vous avez tous les deux été diplômés de Gobelins en 2013, Charlotte en production et Guillaume en animation, comment est née votre collaboration? Comment avez-vous rejoint le studio Sun Creature ?


Charlotte : Nous avons tous les deux participé à “Animation sans frontière” en 2013/2014, moi en tant que productrice et Guillaume en tant que réalisateur d’animation. Après notre formation nous sommes partis tous les deux en résidence au Danemark, j’ai rejoins Sun Creature et Guillaume est parti développer un projet personnel à la résidence Open Workshop.

 


Guillaume : Sun Creature a été initialement monté par des Danois, qui sont toujours au studio aujourd'hui, pour produire le pilote de la série The Reward, Tales of Alethrion, sur laquelle Charlotte a effectué la recherche de financements et suivi la production.

 

Thibaud Petitpas et moi-même, tous les deux de la formation CRFA13, avons rencontré les danois de Sun Creature en 2011 au festival d'Annecy. Nous étions alors tous en première année et nous sommes restés amis depuis.  Nous sommes devenus associés en 2015, Charlotte travaillait déjà avec Sun Creature depuis 2013 et Thibaud avait rejoint en 2014 la production du pilote. Nous sommes aujourd'hui 6 co-associés, trois danois et trois français.

 

 

Flee, Jonas Poher Rasmussen

 

Vous embauchez beaucoup d’anciens de Gobelins sur vos projets, c’est important pour vous la notion de réseau ?

 

Charlotte : Sun Creature fait exclusivement de la 2D donc beaucoup d’anciens de Gobelins ont les compétences que l’on recherche, c’est également la seule école en Europe à former des chargés de production spécialisés dans l’animation.  

 

 

Guillaume : Au moment du lancement du studio, le premier réseau, c'était évidemment l’école, c'est-à-dire les amis et les intervenants, ce sont eux qui ont permis de poser les premières bases studio. Copenhague n’a pas un réseau foisonnant d'artistes, il y a assez peu de studios de 2D donc nous nous sommes beaucoup fiés aux professionnels que l'on connaissait et ce réseau Gobelins s'est agrandi au fil des productions.

 

Le studio est très axé sur la 2D et les Gobelins restent ce qui se fait de mieux quand on parle de 2D. Il y a de vraies compétences sur lesquelles on a pu se reposer.  L'industrie grossit de plus en plus donc, pour moi, c’est une bonne chose qu’il y ait de plus en plus d’étudiants.

 

 


Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vos métiers respectifs ?

 

 Charlotte : Je suis productrice, je m’occupe de la recherche des financements, des plannings, des contrats et je supervise les équipes.  Quand nous avons des financements publics, comme c’était le cas sur Flee,  je m’occupe des relations avec les institutions et les chaînes de télévision. Je travaille aussi sur les productions exécutives.

 

J’ai également monté une branche du studio en France, à Bordeaux, dans laquelle je m’occupe de toute la gestion administrative, légale et financière. Je me rends aussi beaucoup dans les festivals et les marchés pour pitcher les projets et chercher des collaborations.

 

 

Guillaume : Je suis un des directeurs créatifs du studio. J’interviens en général en amont des projets et sur la stratégie créative. Je suis actuellement réalisateur pour une série Netflix, ce qui occupe la majeure partie de mon temps.

 

Mon profil est un peu particulier, j’ai dû prendre beaucoup de rôles différents au sein du studio à mesure des besoins: concept et compositing artist, superviseur, directeur artistique, mais aussi producteur et producteur exécutif sur nos projets de prestation. Cela m’a donné un angle très riche sur la compréhension de la mise en place et la production d’un projet.

 

 

 

Pourquoi avez-vous choisi d’implanter une branche du studio en France ? 

 

Charlotte :  L'idée, c'est que l’on puisse monter des projets France-Danemark et utiliser la structure pour développer nos propres projets et coproductions tout en bénéficiant à la fois des fonds régionaux, des fonds européens et du crédit d’impôt international. Le succès de Flee nous permet de pouvoir déposer des dossiers pour de futurs longs métrages ou séries auprès du CNC. Nous avons 700 mètres carrés de bureau dans lesquels nous avons investi 250 000 euros. 

 

 

Flee, Jonas Poher Rasmussen

 

Sur quels projets travaillez-vous actuellement ?  

 

Guillaume : Je travaille sur un projet de série pour Netflix, sur lequel je ne peux pas révéler grand-chose pour le moment.

 

 

Charlotte :  Je travaille depuis 2 ans et demi sur une série de 40 épisodes de 11 minutes pour Cartoon Network qui s'appelle The Heroic Quest Of The Vaillant Prince Ivandoe. Elle sera présentée à Annecy et elle sortira sur HBO Max en novembre. Elle sera complétée totalement en janvier 2023. Toute la pré-production a eu lieu Danemark et la production s’est faite en France. 

 

 

Guillaume : Nous avons encore pleins d’autres projets, dont un projet de long métrage en développement, toujours confidentiel pour l'heure. Nous continuons en parallèle notre activité de projets courts pour la publicité.

 

Nous travaillons aussi beaucoup pour les jeux vidéo, notamment avec Riot Games. Les formats courts nous permettent de développer des styles, de travailler avec différents artistes et réalisateurs, c'est quelque chose que nous tenons à conserver dans le studio. 

 

 

 

Quels conseils donneriez-vous à un ou une jeune diplômé.e en animation ? 

 

Charlotte : Il faut parler anglais, c’est indispensable. Il faut saisir toutes les opportunités qu’offre l’école : Annecy, les stages à l’étranger, "Animation sans frontières". Il faut essayer d’aller travailler dans des studios à l'international. Avec le développement des plateformes il y a vraiment beaucoup d'opportunités aujourd'hui en animation, il faut les saisir. 

 

 

Guillaume : les stages sont cruciaux pour se faire une vraie ouverture sur l'industrie, il ne faut pas se limiter aux choix évidents. Par exemple, quand j'ai fait un stage en deuxième année, tout le monde se ruait sur le programme à l'étranger pour aller à Los Angeles chez Sony et Disney et j'étais le seul intéressé pour un plus petit studio qui avait moins de prestige mais qui était génial.  Il faut multiplier les expériences pour sonder un peu l’industrie et préciser ce qu’on veut faire après l’école. 

 

 

Charlotte : Je vais ajouter que c’est très important que les étudiants en production et les étudiants en animation se mélangent et apprennent les uns des autres, les deux départements ont beaucoup à s’apporter. Les jeunes animateurs pourront mieux comprendre toutes les questions juridiques et financières (le statut d’intermittent, la négociation des contrats) et cela permettra aux chargé.es de production de se faire des connaissances techniques en animation, tout le monde a quelque chose a y gagner. 

 

 

Guillaume : Pour les artistes, les étudiants en production sont les recruteurs de demain donc c’est très important de se construire ce réseau dès le départ, ce que nous avait fait prendre conscience le programme “Animation sans frontières”. 

 

 

 

 

Interview par Sophie Jean




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