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Crédit: Clara Hupe, Empreinte du réel / Nina Duhau, Femme de l'hiver
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IA : quels enjeux pour les créateurs d'images ?

30 mai 2023 Evénements
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Devenue incontournable dans l'actualité ces derniers mois, l'IA créative fascine autant qu'elle inquiète les professionnels de l'image. Comment travailler avec l’IA, quelles sont ses limites et ses dérives ? Quel est l’impact de l’IA sur la notion de droit d’auteur ? Toutes ces questions ont été abordées lors de la deuxième table ronde du réseau GOBELINS Alumni, organisée en collaboration avec l’ANI (Association Nationale des Iconographes).  L'événement a été animé par Laetitia Guillemin ( Iconographe, co-Présidente de l’ANI et enseignante à GOBELINS Paris) en présence de d’Alice Cedolin, Juriste à la Saif (Société des Auteurs des arts visuels et de l’Image Fixe), Gilles Courtinat, Journaliste, Albertine Meunier, Artiste numérique, Yann Philippe, Directeur général chez FLOWIM Studio, enseignant à GOBELINS Paris et alumni ( Photographie - Post production, promo 2009)et David Raichman, Directeur Créatif Exécutif, Ogilvy Paris.  

 

 

 

Quelle est la place de l’auteur dans les arts génératifs ?

Yann Philippe, enseignant à GOBELINS Paris a présenté un retour d’expérience sur un workshop mené avec des étudiants du Bachelor Photographe et Vidéaste.

 
L’objectif était de permettre aux étudiants de se familiariser avec l'IA tout en conservant leur place et leur rôle de créateur. Ils ont mélangé de véritables photographies et des éléments générés en IA pour ensuite réaliser des compositing photo.  

Le résultat a permis de constater que certains élèves ont essayé de tordre le cou à l'IA pour garder leur volonté créatrice alors que d’autres se sont laissés guidés par le bout du nez. C’est l'IA qui a dirigé leur création.

Yann Philippe

 

 

 

Femme de l'hiver de Nina Duhau - atelier de Yann Philippe sur les outils de l'IA.

Femme de l'hiver de Nina Duhau, photographie réalisée dans le cadre de l'atelier de Yann Philippe sur les outils de l'IA. 



L’IA générative comme pratique artistique : un travail de curation ?

Pour l’artiste numérique Albertine Meunier, le défi quand on utilise les outils de l’IA c’est de ne pas modifier l’image générée et de l’utiliser à l’état brut, telle qu’elle a été produite par le prompt.  


Il s’agit davantage d’une communication avec l’ordinateur, l’enjeu va être de formuler le prompt le plus adéquat possible pour arriver à une image intéressante. Toute la démarche artistique va donc résider dans l’écriture du prompt plutôt que dans la création visuelle à proprement parler.  

 

La difficulté avec l’IA c’est d’en faire un geste artistique et aujourd’hui le challenge pour les artistes et plutôt celui-là ; comment intégrer sa pratique avec ces outils, comment s’y confronter, comment collaborer, comment lutter ?

Albertine Meunier

 

 

 

HyperChips, série réalisée par Albertine Meunier

HyperChips, série réalisée par Albertine Meunier avec DALL.E à partir de la consigne : "albertine meunier mange des saucisses et des frites". 



Comment les agences de communication ont-elles appréhendé l’IA ?

Pour David Raichman, Directeur Créatif Exécutif chez Ogilvy Paris l’IA permet de répondre à des commandes très précises, qui ne sont pas forcément simples à trouver sur des banques d’images. Elle offre aussi la possibilité d’adapter le contenu publicitaire aux contraintes de certains pays (sur l’alcool notamment).  


Toujours selon David Raichman, les IA se sont placées comme un concurrent direct du duo directeurs artistiques / rédacteur concepteur mais aussi aux acteurs de doublages, aux mannequins et aux photographes.  

 

Toute l’économie doit être repensée et l’utilisation des IA doit être mentionnée, comme c’est déjà le cas pour les images retouchées”.

David Raichman  

L’IA impacte également le produit créatif. Elle est entrée dans la pop culture et permet aux publicitaires de se l’approprier, de la détourner pour faire passer un message, à l’image de la campagne réalisée par Ogilvy pour la Croix Rouge, lors de laquelle des prompts ont été utilisés pour décrire de vraies photos.  

 

 

 

Campagne réalisée par Ogilvy Paris pour La Croix Rouge française 

Campagne réalisée par Ogilvy Paris pour La Croix Rouge française 



IA et photojournalisme : quels sont les limites et les dangers de l’IA vis-à-vis des représentations et de l’information ?

Pour le journaliste Gilles Courtinat, l’utilisation des IA dans la création pose deux problèmes : la génération d’images stéréotypées et l’utilisation frauduleuse des images créées.  


Pour que L’IA puisse établir une connexion entre le texte et les images, ces dernières doivent être indexées à la main, le risque est donc que la machine restitue les éventuels stéréotypes avec lesquelles elle a été nourrie.  

 

A partir du moment où il y a intervention humaine, l’interprétation qui peut être faite de ces images va varier en fonction des critères historiques et culturels.

Gilles Courtinat.  

Il existe plusieurs solutions, la première étant la création de base de données et d’équipes diversifiées (en termes de d’origine ethnique, d'âge, de genre...). La deuxième serait de vérifier systématiquement et massivement les annotations des images avant leur intégration dans l’apprentissage des IA. 


Toujours selon Gilles Courtinat, les performances de l’IA en termes de photoréalisme sont également problématiques.  

Nous allons arriver à un moment où la différence entre une image classiquement produite et une image faite par une IA ne sera plus détectable."

Gilles Courtinat  

Cette porosité peut donc conduire à la diffusion de fake news mais aussi à la remise en question de vraies images.  

 

 

 

Image réalisée à l'aide des outils de l'IA par @cirquedukitsh 

Image réalisée à l'aide des outils de l'IA par @cirquedukitsh 



A qui appartiennent les images générées par l’IA ?

Les IA génératives viennent bousculer les principes fondamentaux du droit d’auteurs car il vient protéger les créations de forme originale, qui portent l’empreinte de la personnalité de leur auteur."

Alice Cedolin  

Pour Alice Cedolin, juriste à  la SAIF, l’utilisation des IA génératives soulève plusieurs questions :  


Qui est l’auteur d’une image générée par l’IA ?  Une image générée par l’ia constitue-t-elle une œuvre de l’esprit au sens du droit d’auteur ?  Les IA génératrices de contenus portent-elles atteintes aux œuvres protégées par le droit d’auteur ? 


Plusieurs pistes ont été envisagées pour répondre à ces questions :   

  • Considérer que l’ordinateur est l’auteur. Le copyright américain a tranché sur ce point en invalidant cette hypothèse.  
  •  Considérer que le concepteur de l’IA est l’auteur, c’est la décision qu’a pris un tribunal chinois. Cette solution n’est pas idéale car des milliers de créations peuvent être générées par un outil sans qu’il soit possible de les tracer.
  • Considérer l’utilisateur comme auteur, en partant du principe que l’ordinateur reçoit une commande pour créer du contenu . 

 

 

 

En conclusion

L'IA générative va ouvrir de nouvelles perspectives créatives passionnantes pour les designers, les artistes, les pro de l’image et en travaillant avec elle de manière responsable et éthique nous pourrons tirer partie de ses avantages tout en préservant la valeur de notre créativité humaine."

Yann Philipe

 

 

 




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