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Crédit: Claire Jaillard/Aude Malbat Christin/Flora Fourcade
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Comment développer son activité en tant que freelance dans les métiers créatifs ?

24 octobre 2023 Evénements
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Quel est le statut le plus avantageux ? Comment fixer ses tarifs ? Comment trouver des clients et démarcher ? Comment se créer un réseau ? Autant de questions que l’on peut se poser quand on souhaite démarrer son activité en freelance ou quand on est déjà indépendant.e depuis plusieurs années.  

 

Nos trois invitées, Ariane Butto, illustratrice à son compte, Alice Des, artiste indépendante et ancienne agente d'illustrateurs et Manon Taillefer consultante, directrice artistique et coach auprès d’entrepreneurs freelance (et alumni de GOBELINS) on établit un tour d’horizon de toutes les problématiques que l’on peut rencontrer lorsque que l’on exerce en tant que créatif/créative en freelance. 

 

Elles ont partagé leur expérience et délivré leurs conseils lors de la table ronde dédiée au freelance créatif, organisée le jeudi 28 septembre dernier par le réseau GOBELINS Alumni et les Mariettes. L’événement était animé par Caroline, co-fondatrice des Mariettes.  

 

 

 

Nos trois invitées :  

Ariane Butto

©Aude Malbat Christin

 

 

 

 

 

Ariane Butto est illustratrice depuis janvier 2018. Après une formation en graphisme et une autre en design textile, elle travaille aujourd'hui avec de nombreuses marques, et développe en parallèle sa propre boutique, composée notamment de créations artisanales.

 

Alice Desest artiste et illustratrice freelance. Elle a commencé sa carrière dans la communication puis elle est devenue agente d’illustrateur. 

 

En 2019, elle a décidé de se lancer en tant qu’illustratrice. Depuis, elle collabore avec des marques et avec la presse. Elle présente également des travaux plus personnels (gouache et céramique) à la slow galerie à Paris.  

Alice Des

©Flora Fourcade

 

 

Manon Taillefer

©Claire Jaillard

 

Manon Taillefer a suivi la formation Graphiste Motion Designer de GOBELINS en 2016. Elle donne maintenant des cours sur le freelancing à l’école.

 

Elle a débuté sa carrière en tant que directrice artistique dans des start up avant de se mettre à son compte.

 

Elle accompagne aujourd’hui des artistes freelances en tant coach et consultante 



Faut-il se spécialiser pour attirer plus de clients ? 
 

Si Ariane, a un univers très particulier, très coloré et luxuriant pour lequel ses clients font appel à elle, elle recommande de diversifier ses compétences et ses prestations, en proposant par exemple aussi bien des illustrations papiers que des illustrations numériques ou encore des impressions sur tissus.  

 

 

“Dans l’illustration commerciale c’est assez important de se démarquer, d’avoir une “patte” pour laquelle les clients viennent nous chercher” 

Alice Des 

 

 

 Pour Alice, il s’agit de deux stratégies très différentes, certains profils très “couteaux suisses” vont être missionnés par les agences car ils peuvent assurer toutes sortes de missions (croquis pour des appels d’offres, finalisation d’illustration, direction artistique...) quand d’autres vont choisir de se spécialiser dans un domaine.  

 

En revanche, diversifier ses sources de revenus peut-être être intéressant pour tous les freelances (boutique en ligne, patreon, cours...).  

 

Pour Manon, le marché de l’illustration et du graphisme étant très concurrentiel et les outils comme Canva démocratisant de plus en plus l’accès au graphisme il est essentiel de se démarquer en se positionnant comme un expert 

 

 

 

Comment trouvez ses premiers clients et les fidéliser ? 

 

“La première chose à faire c’est de rendre son travail accessible en ligne (portefolio, Behance, réseaux sociaux...). C’est le premier canal qui va vous permettre trouver des clients”. 

Alice Des 

 

 

Alice travaille avec un agent mais il peut lui arriver de démarcher des clients elle-même. Pour l’illustration de presse, elle recommande de consulter l’index des magazines avec lesquels on souhaite collaborer pour trouver le nom du directeur ou de la directrice artistique afin de les contacter directement par mail.

 

La même méthode peut-être appliquée sur LinkedIn pour les marques. Elle recommande également de joindre à son mail quelques illustrations ainsi que des mock-up pour mettre son travail en situation.   

 

Pour Ariane, il faut trouver la bonne approche quand on démarche et personnaliser son mail en restant concis. Elle recommande également de joindre une sélection de ses travaux en veillant bien à préciser son nom, son mail et son compte Instagram directement sur les planches afin de pouvoir être recontacté facilement.  

 

 

La meilleure stratégie de prospection c’est celle qui vous ressemble” 

Manon Taillefer  

 

 

Manon recommande de trouver une stratégie facile à mettre en place. Il ne sert à rien de démarcher en salon si on est très timide par exemple, il vaut mieux privilégier les contacts en one to one. 

 

 

 

Ariane Butto - Illustrations pour des cartes de voeux Archivist Gallery

©Ariane Butto - Illustrations pour des cartes de voeux Archivist Gallery



Est-il indispensable de travailler avec un agent ? 
 

 

Les agents ont des rôles assez précis et codifiés, votre agent doit être aligné avec votre projet. Il vaut mieux être seul que mal accompagné.” 

Alice Des 

 

 

Pour Alice, l’utilité d’un agent dépendra du projet professionnel. Il n’est pas indispensable d’avoir un agent pour travailler dans l’illustration presse par exemple. Les contacts sont facilement trouvables et les magazines travaillant avec des grilles il n’est pas nécessaire d’émettre de devis.  

 

En revanche, pour travailler dans l’édition ou dans l’illustration commerciale il peut être intéressant de faire appel à un agent littéraire (dans le premier cas) ou à un agent d’illustration (dans le second).  

 

L’agent va pouvoir apporter une vision et un soutien administratif (devis, relances de paiement...) mais il représente jusqu'à 25 ou 30 artistes en même temps. Son rôle de démarcheur ne sera donc jamais aussi impactant que celui de l’artiste lui-même. 

 

Alice rappelle également que la commission des agents tourne autour de 30% de chaque contrat. C’est une somme assez conséquente qu’il faut prendre en compte avant de signer.  

 

 

 

Comment fixer ses prix ?  

Manon dénombre trois méthodes pour fixer ses tarifs :   

 

  • Déterminer si son profil est plutôt “junior, moyen ou senior” et s’aligner ensuite sur les prix du marché 

  • Calculer combien on a besoin pour vivre et travailler à partir de vos relevés bancaires.

  • Facturer à la valeur, en évaluant la valeur dégagée par son travail pour le client. Cette option est la plus lucrative mais elle ne peut s’appliquer que pour les profils plus expérimentés.   

 

Elle recommande également de proposer une approche stratégique en complément de ses créations. En effet, rattacher des métiers de conseil aux métiers créatifs est un bon moyen d’augmenter ses tarifs. 

 

Ariane et Alice recommandent toutes les deux d’échanger avec des illustrateur.trices plus expérimenté.e.s, pour évaluer la valeur du marché. Elles préconisent également de ne pas accepter de budget trop bas et de ne pas hésiter à rappeler aux clients toutes les charges et tous les frais qui se cachent derrière une prestation (charges sociales, matériel, peinture, logiciels, temps de travail...).  

 

 

Quand des marques ont déjà une enveloppe il ne faut pas hésiter à négocier à la hausse. C’est un cercle vertueux, vous allez faciliter la négociation pour les créateur.trices qui passeront après vous. Vous facilitez aussi la négociation pour ceux qui arrivent derrière vous”.  

Alice Des  

 

 

Alice rappelle également que plus une illustration sera être visible plus elle sera chère. Beaucoup de client pensent pouvoir “payer en visibilité” alors que la visibilité doit au contraire se payer et elle coûte cher  

 

 

 

Manon Taillefer  - Mock up formation "Le Freelancing"

©Manon Taillefer  - Mock up formation "Le Freelancing"



Que faire en cas de retard voire d’absence de paiement ? 
 

 

“La règle n°1 c’est d’attendre l’acompte avant de commencer à travailler. Il ne faut jamais commencer à travailler sans garantie”.  

Ariane Butto  

 

 

Pour Ariane, les devis doivent être bien cadrés et préciser les conditions d’utilisation de l’œuvre. Pour chaque illustration une durée et un territoire d’exploitation doivent être définis. C’est une première étape pour se protéger en cas de litige.  

 

Alice rappelle de préciser le nombre d’allers-retours dans ses devis, particulièrement lorsque qu’on travaille avec un petit budget.  

 

Elle précise également que l’agent peut avoir un rôle à jouer en cas d’impayés. Il va s’assurer que ses artistes soient bien payés. Généralement les comptabilités sont séparées, les artistes facturent leur agent, ce qui leur garanti d’être toujours payés à l’heure.  

 

Elle recommande également de contacter les artistes qui ont déjà travaillé avec ses nouveaux clients pour connaitre leur retour d’expérience et s’éviter ainsi de mauvaises surprises.    

 

 

“Il vaut mieux un mauvais deal qu’un bon procès. C’est une règle fondamentale”.  

Manon Taillefer  

 

 

Manon rappelle également qu’il existe une procédure simplifiée de recouvrement de dettes pour les devis de moins 5000 euros.

 

Avec l’expérience, elle a mis en place un système de paiement par prélèvement automatique pour ne plus avoir besoin de relancer les clients ni risquer un litige. La majorité des impayés étant dus à la mauvaise gestion de la trésorerie des entreprises, en particulier pour les petites structures, proposer un paiement échelonné et automatique peut donc être une solution avantageuse.  

 

 

 

Comment se créer un réseau solide ?  

 

“Tous les trimestres je post un message sur LinkedIn proposant de prendre un café. J'ai des réponses à chaque fois et c’est comme ça que je crée mon réseau”.  

Manon Taillefer  

 

 

Pour Manon, les apéros freelances, comme le motion café ou le motion beer sont aussi une bonne manière de se créer un réseau.  

 

Alice a quant à elle a choisi de rejoindre un atelier partagé pour pouvoir travailler aux côtés d’autres artistes avec lesquels échanger et partager ses problèmes avec l’URSSAF ou la TVA ou encore ses blocages artistiques.   

 

Pour Ariane et Alice, Instagram et les événements comme les vernissages et les marchés sont également de bonnes occasions d’étendre son réseau et de rencontrer d’autres créateur.trices.  

 

 

 

Illustration presse d'Alice Des pour "Les Echos" pour la Saint Patrick

©Alice Des - Illustration presse pour "Les Echos" pour la Saint Patrick 



Quelles sont les principales erreurs à éviter ?
 

Pour Alice, il ne faut pas s’attendre à recevoir une réponse immédiate quand on démarche. Les entreprises démarchées ne vont pas forcément avoir de besoin au moment où elles recevront le mail mais elles peuvent conserver les travaux qui leur plaisent et recontacter les artistes quand une occasion se présente. Il ne faut pas se décourager, le démarchage est toujours bénéfique quoi qu’il arrive.  

 

 

“Je me suis lancée sans réseau, sans tréso, sans positionnement. J’avais la mauvaise habitude de dire que je faisais un peu de tout pour tout le monde ce qui revient à dire qu’on ne fait un peu de rien pour personne”.  

Manon Taillefer 

 

 

Pour Manon, pour être mémorisé il faut être précis et simple. Elle recommande aussi d’éviter de refuser des projets pour se concentrer sur un seul gros projet sans avoir de certitude qu’il aboutira.   

 

Ariane recommande quant à elle de bien cibler son travail et son approche des approche des entreprises. Il ne faut pas hésiter à se renseigner sur la marque, à préciser pourquoi elle nous plait.  

 

 

 

Quel est le statut le plus intéressant ?  

Selon Manon le statut d’intermittent est le plus intéressant mais il nécessite d’exercer un métier du spectacle et audiovisuel. Le statut d’artiste-auteur arrive en 2ème position, c’est un des statuts les plus favorisés par l’Etat. Le statut d’auto-entrepreneur est 3ème du classement. 

 

Elle rappelle que chaque statut est très codifié, on ne peut pas vendre du droit d’auteur sous le statut d’auto-entrepreneur. Généralement les artistes démarrent automatiquement leur activité sous le statut de micro-entrepreneur (ou micro BNC). Ce statut fiscal est assez avantageux, il permet de ne pas facturer la TVA.  

 

Attention à ne pas cumuler freelance et intermittence pour la même activité, au risque d’être radié par Pôle emploi et de devoir rembourser toutes ses indemnités.  

 

En revanche il est tout à fait possible d’avoir un statut d’intermittent pour une activité et un statut de freelance pour une autre si elles sont dans deux secteurs totalement différents (animation et création de bijoux par exemple). 

 

 

 

Now What ? - Manon Taillefer

©Manon Taillefer



Quelles sont les premières démarches quand on veut se lancer en tant que freelance ? 
  

Manon rappelle qu’il n’est pas nécessaire de créer son statut avant la signature de son premier devis. Les cotisations démarrent à partir de la création du statut, il est donc plus intéressant d’attendre le dernier moment. Par ailleurs, il n’est pas nécessaire d’avoir un numéro de siret pour signer un devis.   

 

Elle rappelle également de bien travailler ses conditions générales de vente avant de signer son premier devis. 

 

 

 

 

 




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